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Représentation proportionnelle (RP) et système majoritaire (SM)

I. Le caractère «plus démocratique» de la représentation proportionnelle : une illusion ?

«Il semble que la RP soit plus démocratique que le SM ». La RP est-elle vraiment plus démocratique que le SM  (A)? N'existe-t-il pas des limites à l'ampleur démocratique de la RP (B) ?

A. La RP certainement plus démocratique que le scrutin majoritaire ?

La RP est reconnue pour ses vertus démocratiques (1°). En outre, il est constant d'opposer la RP et le SM. Cependant, il faut être nuancé car selon qu'il s'agisse du SM à un tour ou du SM à deux tours, le caractère anti-démocratique du scrutin est loin d'être aussi tranché (2°).

1° Les vertus démocratiques de la RP
a/ Photographie fidèle de la réalité politique
La RP consiste à répartir entre les différentes listes en présence, les sièges proportionnellemnt au nombre de suffrage qu'elles ont recueilli. Ainsi la RP refléterait de façon plus fine et plus fidèle les choix politiques de l'électorat. La RP se rapprocherait ainsi de l'idéal de justice électorale en permettant «une répartition équitable »(l. ).
b/ Un multipartisme favorisé (l.15)
La RP favorise le multipartisme, la «multiplication des partis » (l.15). ceci permet à chacun d'être entendu au plan politique et à chaque électeurs de trouver un parti proche de sa sensibilité. En ce sens la démocratie serait mieux réalisée puisque même les petits courants de l'opinion pourront se faire entendre.
c/ Un vote pour des idées (l.8)
Enfin, la RP du fait qu'elle impose un scrutin de liste serait le vote pour des idées et non pour un homme politique. «les candidats qui se présentent à lui sont groupés par option » (l.8)«l'opinion politique présente pour l'électeur autant d'importance que le choix de la personne » (l.9).

2° Une distinction importante : le nombre de tour au SM (l.17 ; 21-22)
a/ SM à un tour
Est déclaré élu le candidat qui a obtenu le plus de voix. Ainsi, même une courte avance permet d'élire un candidat. Celui-ci représentera alors la majorité quand bien même dans les faits celle-ci est relative (fort taux d'abstention…). de plus, un tel système confère une physionomie bipartite au scrutin, les petits partis n'ont aucune chance, l'élection ne se jouant qu'entre les deux plus importants sans qu'ils aient un quelconque besoin de leurs voix.. le choix est extrêmement restreint pour les électeurs.
b/ SM à deux tours
Est élu au 1
er tour celui qui a obtenu la majorité absolue des voix ou à défaut au 2d tour celui qui a obtenu une majorité relative. Au premier tour l'électeur peut donner libre cours à son vote, manifester une volonté, ce n'est qu'au second tour qu'il devra réellement choisir. Le second tour de scrutin fait jouer un rôle important aux alliances et aux désistements. Le SM à deux tours n'empêche pas le multipartisme. C'est en ce sens qu'il faut comprendre que le SM «introduit une pression en faveur de la réduction à deux du nombre des partis »(l.21) mais qu'il ne l'impose nullement.

B. La RP faussement plus démocratique

La RP ne serait pas aussi démocratique dans les conséquences pratiques qu'elle induit. Ainsi, le vote pour des idées peut être repris par les élus et les partis politiques (1°) tandis que les bienfaits du multipartisme ne sont pas aussi avérés qu'il y paraît (2°).

1° Limites d'un vote pour des idées
Dans la RP les idées en principe priment sur l'homme politique (plutôt l'homme politique se présente avec certaines idées aux électeurs qui choisissent alors sous couvert de ces idées). Cependant, cela n'empêche ni une évolution de ces idées dans le temps et en fonction de l'élu (a), ni une mainmise du parti politique (b).
a/ Un vote pour des idées sous réserve de l'élu
La RP donne une image précise des opinions politiques au jour de l'élection. Par la suite les idées peuvent évoluer pendant la durée du mandat de l'élu. Par ailleurs il faut espérer que l'élu ne modifie pas ses idées. Il peut y avoir de la démagogie à visée électoraliste avec la défense d'idées qui ne seront pas respectée par la suite.
b/ Un vote pour des idées sous réserve des partis politiques (l.38)
Le choix de l'élu qui incarnera les idées de tel ou tel parti politique est transféré à celui-ci. Les électeurs ne feront que ratifier un choix d'organe. La volonté de l'élu sera réduite par la logique des partis. Un élu devra se plier à la volonté de son parti sous peine de ne pas être à une place de rééligible ainsi le vote pour des idées devient après l'élection «  le privilège des partis ».

2° Limites induites par le multipartisme
La RP fait qu'il « n'y a aucun inconvénient pour les partis à se diviser » et donc il y a multipartisme. Cependant cet éclatement des partis politiques peut être néfaste car aucune majorité politique ne se dégage. Cela peut porter atteinte à la volonté des citoyens (a) ainsi qu'à la stabilité gouvernementale (b).
a/ Echec dans la représentation de la volonté des citoyens-électeurs (l.35-36)
Le multipartisme en proposant un large panel d'opinions politiques fait que « l'élection ne marque plus une manifestation de la volonté nationale ». On assiste à un « dénombrement d'opinions ». Cet ensemble d'opinion n'est pas représentable dans la pratique sauf aux termes de concessions réciproques. Il faut bien qu'une majorité se dégage pour le vote de loi mais par là même cela dénature en partie la volonté des électeurs.
b/ Le risque d'instabilité gouvernementale (l.34-35)
L'élection à la RP rend difficile l'obtention d'une majorité « puisqu'elle n'engendre plus une majorité, ni une majorité électorale, ni une majorité parlementaire ». Ainsi, la majorité qui se dégagera pour gouverner sera multiple et fonction du poids respectif de chaques partis. Le gouvernement ne sera viable que tant qu'il y aura entente entre les différentes composantes. C'est l'une des raisons de la chute de la IV
ème République  qui a connu une instabilité gouvernementale chronique. « valse des gouvernements ». Idem en Italie ingouvernable en 93/94 du fait de la RP intégrale.

Ainsi donc il n'apparaît pas que la RP bien qu'à connotation fortement démocratique, soit préférable au SM. En effet, les travers de la RP sont importants et le rôle des partis politiques réduit son application. De plus, le SM n'est pas réellement antidémocratique, il semble seulement moins démocratique sur certains points.

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